Lom Broc'h ha recensito Les dépossédés di Ursula K. Le Guin
Profond, lucide et nuancé
5 stelle
Le cadre de ce roman est simple : sur Anarres, la lune de la planète Urras, s'est établie une société anarchiste et sans monnaie, ayant fui le monde hiérarchisé, violent et capitaliste d'Urras. Cette société reste volontairement isolée depuis 160 ans, son monde d'origine étant uniquement autorisé à échanger des marchandises indispensables contre des minerais. Un homme pourtant décide de briser le tabou et aller sur Urras.
Ce roman est imparable dans sa critique du monde d'Urras, dont la ressemblance avec le nôtre n'est pas fortuite: classes opprimées aux profit d'une minorité, domination sexiste, guerres d'ingérence de deux États pour l'hégémonie planétaire, puritanisme, perversion des relations humaines à cause de la quête perpétuelle d'argent ou de pouvoir, etc. Le tranchant d'Ursula Le Guin qui dénonce ces dysfonctionnements est libérateur.
Cependant, au fur et à mesure de l'intrigue apparaissent également des limites dans la société d'Anarres, dont la morale fondatrice a …
Le cadre de ce roman est simple : sur Anarres, la lune de la planète Urras, s'est établie une société anarchiste et sans monnaie, ayant fui le monde hiérarchisé, violent et capitaliste d'Urras. Cette société reste volontairement isolée depuis 160 ans, son monde d'origine étant uniquement autorisé à échanger des marchandises indispensables contre des minerais. Un homme pourtant décide de briser le tabou et aller sur Urras.
Ce roman est imparable dans sa critique du monde d'Urras, dont la ressemblance avec le nôtre n'est pas fortuite: classes opprimées aux profit d'une minorité, domination sexiste, guerres d'ingérence de deux États pour l'hégémonie planétaire, puritanisme, perversion des relations humaines à cause de la quête perpétuelle d'argent ou de pouvoir, etc. Le tranchant d'Ursula Le Guin qui dénonce ces dysfonctionnements est libérateur.
Cependant, au fur et à mesure de l'intrigue apparaissent également des limites dans la société d'Anarres, dont la morale fondatrice a été internalisée de manière quasi-religieuse dans les esprits, au point que ceux qui s'en écartent risquent l'ostracisation. «Arrête d'égotiser» dit-on aux enfants qui manifestent "trop" d'individualité. L'un de ces enfants est Shevek, qui s'avère être un physicien inégalé, mu par deux quêtes existentielles : celle de comprendre la théorie physique du temps, et celle de rapprocher les deux mondes antithétiques. Par ailleurs, la description des vices du système universitaire (sur Anarres !) constitue une critique imbriquée qui nous laisse à penser que l'autrice en a fortement été inspirée...
Ce cadre est efficace sans jamais être simpliste, car Ursula Le Guin excelle dans la nuance. Shevek est touchant dans sa naïveté initiale, et nous sommes embarqués dans son cheminement personnel. Le récit est rythmé et maintient le suspense jusqu'à la fin.
Bref, une bonne claque.