sophie-87@bw.heraut.eu ha recensito The Fall di Albert Camus
Un miroir tendu dans la pénombre
4 stelle
Je n’ai pas lu La Chute d’Albert Camus comme on suit une histoire, mais comme on écoute une voix qui ne me laisse aucun répit. Dès les premières pages, je me suis retrouvé face à Jean-Baptiste Clamence, installé dans un bar d’Amsterdam, parlant sans interruption à un interlocuteur silencieux. Très vite, j’ai compris que ce silence me concernait aussi. J’étais pris dans une confession qui ne cherchait pas le pardon, mais la complicité.
Ce qui m’a frappé est le ton faussement léger de Clamence. Il ironise, charme, séduit par son intelligence. Pourtant, derrière cette aisance, je sentais une fissure profonde. Ancien avocat brillant, sûr de sa supériorité morale, il se découvre un jour incapable d’agir face à la détresse d’autrui. Cette chute intérieure m’a troublé, parce qu’elle ne repose pas sur un crime spectaculaire, mais sur une lâcheté ordinaire. En lisant, je me suis demandé jusqu’où va ma propre lucidité …
Je n’ai pas lu La Chute d’Albert Camus comme on suit une histoire, mais comme on écoute une voix qui ne me laisse aucun répit. Dès les premières pages, je me suis retrouvé face à Jean-Baptiste Clamence, installé dans un bar d’Amsterdam, parlant sans interruption à un interlocuteur silencieux. Très vite, j’ai compris que ce silence me concernait aussi. J’étais pris dans une confession qui ne cherchait pas le pardon, mais la complicité.
Ce qui m’a frappé est le ton faussement léger de Clamence. Il ironise, charme, séduit par son intelligence. Pourtant, derrière cette aisance, je sentais une fissure profonde. Ancien avocat brillant, sûr de sa supériorité morale, il se découvre un jour incapable d’agir face à la détresse d’autrui. Cette chute intérieure m’a troublé, parce qu’elle ne repose pas sur un crime spectaculaire, mais sur une lâcheté ordinaire. En lisant, je me suis demandé jusqu’où va ma propre lucidité sur mes actes manqués.
Le monologue devient peu à peu une accusation diffuse. Clamence ne se condamne pas seul. Il entraîne le lecteur avec lui. Sa lucidité est cruelle, car elle ne propose aucune issue réconfortante. La culpabilité devient universelle, presque confortable, puisqu’elle est partagée. Cette logique m’a mis mal à l’aise. Je sentais la finesse du raisonnement, mais aussi son piège.
La ville d’Amsterdam, avec ses canaux circulaires et ses brumes, m’a paru être le décor parfait de cette spirale morale. Tout y revient, tout y tourne en rond. J’ai ressenti une impression d’enfermement, renforcée par l’absence de véritable dialogue. La parole de Clamence occupe tout l’espace.
En refermant La Chute, je n’ai pas éprouvé de soulagement. J’ai ressenti une vigilance nouvelle. Camus ne juge pas frontalement. Il montre. Il oblige à regarder ce que l’on préfère souvent ignorer. Ce livre m’a laissé avec une certitude inconfortable. La lucidité peut être une forme de courage, mais aussi une manière subtile de se dérober à l’action.